Résumés du n° 71 (printemps - été 2016)

dimanche 19 juin 2016
par  Danielle Delmaire
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Dossier : Les juifs d’Égypte et la crise de Suez

- Redistribution des cartes après la guerre de Suez par Emmanuel Persyn

Lorsqu’il annonce la nationalisation du canal de Suez, le 26 juillet 1956, au grand dam des actionnaires britanniques et français, le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne fait jamais que provoquer une crise qui aboutit à la guerre de Suez : du 29 octobre au 7 novembre 1956, celle-ci oppose l’Égypte à Israël, soutenu puis relayé par la France et la Grande-Bretagne. Ces deux pays en veulent beaucoup à celui qui s’impose comme le leader du nationalisme arabe. La France lui reproche de soutenir le FLN algérien, la Grande-Bretagne craint son influence sur les opinions publiques des États qu’elle contrôle encore au Proche-Orient. La guerre qu’elles engagent tourne au fiasco. Elles perdent toute influence au Proche-Orient au profit des deux grands, États-Unis et Union Soviétique.

When he announces the nationalisation of the Suez Canal company on July 26 1956 to the great displeasure of french and british shareholders, Egyptian President Gamal Abdel Nasser only brings about crisis which leads to the Suez war : from October 29 to November 7, 1956, that one brings into conflict Egypt to Israel, supported and replaced by France and Great-Britain. These countries are annoyed with this one which becomes the leader of the arab nationalism. France reproaches him for the support of the Algerian FLN, Great Britain fears his influence on public opinions of states which he controls in the Middle-East. The war which they give turns into a fiasco. France and Great-Britain lose influence in the Middle-East in favour of the two superpowers, the United States and the Soviet Union.

- 1956. L’expulsion de la communauté juive d’Égypte par Alexandre De Aranjo

La nationalisation du canal de Suez en 1956, par le président égyptien Gamal Abdel Nasser, marqua le début du déclin pour la communauté juive d’Égypte, composée de Français, de Britanniques, d’Égyptiens ou encore d’apatrides. Alors forte d’environ 60 000 membres, la communauté juive fut soumise à divers moyens de pression de la part du gouvernement égyptien, à partir de juillet 1956, en vue d’expulser les juifs du pays. Cet article étudie les réactions des gouvernements français et britannique vis-à-vis de leurs ressortissants en Égypte suite à la nationalisation du canal et à l’intervention militaire sur le canal de Suez, ainsi que les conditions d’accueil des réfugiés d’Égypte en France et en Grande-Bretagne.

The nationalisation of the Suez Canal by the Egyptian President Gamal Abdel Nasser marked the beginning of the end of the Jewish community in Egypt, then made up of French, British, Egyptians and stateless persons. Composed of about 60,000 people at the time, the community was the target of various means of pressure from the Egyptian government from July 1956 onwards in order to expel Jews of the country. This article deals with the French and British governments reactions towards their nationals in Egypt following the nationalisation of the Suez canal, as well as the impact of the military intervention in the canal on the Jewish community in Egypt, and the resettlement policy of the refugees from Egypt in France and in Britain.

- Le départ des juifs d’Égypte vers Israël, 1948-1957. Le second Exode par Marion Germain

L’article relate l’organisation des départs de ceux qui ont massivement quitté la petite, mais particulièrement bien implantée, communauté juive d’Égypte pour Israël.
Les départs se sont réalisés en trois vagues successives :
Une première, avant la création de l’État d’Israël, concerne une population peu nombreuse, jeune, pionnière et volontaire.
Les deux suivantes, à la suite des guerres de 1948 et 1956 qui ont opposé l’Égypte à Israël, sont plus importantes mais elles ont généré des départs de plus en plus forcés. Faisant passer, en moins de dix ans, une communauté florissante et forte de 80 000 âmes à une communauté désorganisée et paupérisée comptant moins de 5 000 personnes.

This article describes the organization of the mass departure of Jews from Egypt to Israel after the creation of the State of Israel. These departures happened in three successive waves. The first and the smallest consisted of young volunteers in the period before the creation of the State of Israel. The next two took place in the wake of the Israel-Arab wars of 1948 and 1956 and they were larger in scope and involved families who were increasingly forced to leave the country. In less than ten years Egyptian Jewry went from a flourishing community of 80,000 to an impoverished and disorganized community of less than 5,000. 

- L’opinion juive française et la crise de Suez, entre patriotisme, soutien à Israël et condamnation de l’ONU par Ariel Danan

Huit ans après la création de l’État d’Israël, les Juifs de France affichent leur empathie à son égard, d’autant plus facilement que la France, la Grande-Bretagne et Israël sont alliés contre l’Égypte. Dans le même temps, ils condamnent la politique de l’ONU, défavorable à Israël et s’indignent du traitement infligé par Nasser aux Juifs d’Égypte. Le processus d’identification à Israël de la part des Juifs de France débute ainsi dès 1956 avec la crise de Suez.

Eight years after the creation of the State of Israel, the French Jewry shows its empathy towards the Jewish State, all the more easily as France, Great Britain and Israel are allied against Egypt. At the same time, the Jews condemn the policy of the UNO, unfavorable to Israel and get indignant by the treatment imposed by Nasser on the Jews of Egypt. The process of identification in Israel of the Jews of France begins so from 1956 with the Suez crisis.

- Au long du Nil, écrivains d’origine judéo-égyptienne par Ewa Tartakowsky

La production littéraire des écrivains d’origine judéo-égyptienne présente des caractéristiques communes dont le cadre socio-historique, situé dans la première moitié du XXe siècle, qui permet des descriptions de la vie quotidienne d’autrefois. Dans ces remémorations, le cosmopolitisme et la bourgeoisie éclairée qui participent tous deux du processus de construction d’un imaginaire collectif des juifs d’Égypte occupent une place majeure. L’émigration du pays natal est également un autre topoï littéraire qui – pour les écrivains installés en Israël – s’accompagne d’une déception de leur alya. La place de cette mémoire témoigne d’une volonté d’enracinement couplée à un profond besoin de cultiver le passé. L’écriture littéraire permet alors de mettre à jour cette double aspiration, doublement identitaire, tournée à la fois vers un enfui et un devenir dans un nouvel espace national.

The literature of Jewish writers from Egypt presents common features from the socio-historical perspective, set in the first half of the twentieth century, what allows for a description of the past daily life. In these recollections, two elements – the cosmopolitanism and the bourgeoisie éclairée – occupy a major place in the construction process of a collective imagination of the Jews from Egypt. Emigration from home country is another literary topic, which – for the writers settled in Israel – is accompanied by the feeling of disappointment in their aliyah. The place of this memory proves the will of deep rooting connected with the need to cultivate the past. The literary creation is then a means to realize this double aspiration connected with the identity in a twofold way : turned simultaneously towards the escape and towards the future in the new national sphere.

Varia 

- Les odeurs, les bruits ou quelques remarques sur une vision judéenne des désagréments écologiques aux premiers siècles de notre ère par Emmanuel Friedheim

L’objectif de cette étude est de retracer le regard des textes juifs anciens vis-à-vis des odeurs et des bruits. On montrera ainsi qu’il existait une vision judéenne des désagréments écologiques aux temps de la Mishna et du Talmud, comparativement aux visions écologiques en vogue dans l’Empire romain. Les lois instaurées pour préserver l’environnement ne furent pas seulement restrictives, elles furent également constructives.

The purpose of our study is to retrace the Jewish view of ancient sources vis-à-vis smells, noises and ecological problems. The article shows that the Judean Sages of the Mishnah and Talmud, carefully elaborated a comprehensive system of laws, rules and ordinances, in comparison to the Roman ecological views, aimed at limiting those of man’s activities, which might result in spoiling environment. Nevertheless, such limitations were, not intended to be merely restrictive in nature. Indeed, many were constructive.

- De Jettchen Gebert jusqu’à Auschwitz. À propos de l’écrivain juif de Berlin Georg Hermann par Helmut Pillau (traduction de Joseph Kolbl)

Le présent article, reprenant une allocution prononcée le 9 novembre 2013, jour anniversaire du pogrome de 1938, met en lumière la contribution de nombreux juifs à la culture allemande et leur disparition de la scène littéraire de l’après-guerre. L’écrivain berlinois Georg Hermann (1871-1943), connu notamment pour son roman Jettchen Gebert, paru en 1906, illustre parfaitement cette situation.
Dans cette œuvre, l’auteur dépeint la vie d’une famille juive de Berlin aux alentours de 1840. Au centre de l’action se trouve une jeune femme, Jettchen (Henriette) qui vit une passion amoureuse avec un écrivain débutant d’origine chrétienne. Toutefois, les pressions que la famille exerce sur elle, l’obligent à se séparer de son amant et à épouser un juif de l’Est que les siens ont choisi pour elle.
Ce renoncement, le conflit entre les aspirations personnelles et les poids de la famille juive traditionnelle, constitue le véritable sujet du roman. L’analyse formelle de l’œuvre s’attache à approfondir ce constat.
La dernière partie de cet article jette un regard sur la carrière ultérieure de G. Hermann : l’exil aux Pays-Bas et la fin tragique de l’auteur, déporté et assassiné à Auschwitz ; celle aussi du personnage de Jettchen qui deviendra la figure de proue d’une exposition qui s’est tenue à Berlin en 1985-1986.

This article, which resumes a speech given on Novembre 9 2013, the anniversary day of the 1938 pogrom, highlights the contribution of many Jews to the German culture and their disappearance from the after war literary scene. The Berliner writer Georg Hermann (1871-1943), known particularly for his novel Jettchen Gebert published in 1906, is a very good example of this situation.
In this work, the author describes the life of a Berliner jewish family in the 1840’s. In the centre of the action, Jettchen who lives in love passionately with a beginner writer of Christian origins. But the pressures, that her family applies on her, forces her to leave her lover et to marry a Jew choosen by her parents for her.
This giving up, the conflict between personal aspirations and the weight of the traditional Jewish family, constitutes the subject of the novel. The formal analysis of the work endeavours to deal with this statement in depth.
The last part of this article gives a look on the later career of G. Hermann : the exile to the Netherlands and the tragic death of the author, deported ant murdered in Auschwitz ; also that of the character Jettchen who will become the figurehead of an exposition in Berlin in 1985-1986.