Résumés du n° 74 (automne 2017 - hiver 2018)

jeudi 21 décembre 2017
par  Danielle Delmaire
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Dossier

Chronologie 1897-1947 par Emmanuel Persyn

Sur une période d’un demi-siècle, la chronologie énumère les principaux événements qui annoncent et qui suivent la Déclaration Balfour. Sont insérés des événements qui ne sont pas liés à la Déclaration mais sont importants dans le contexte international des deux guerres mondiales et de l’entre-deux-guerres.

In half a century, the chronology lists the major events which foreshadow and follow the Balfour Declaration. It includes events which aren’t linked to it but which are important in international situation of the two world wars and of the interwar period.

La Déclaration Balfour par Denis Charbit

La Déclaration Balfour est un des textes clés de l’histoire diplomatique du Moyen-Orient : même si son adoption par le gouvernement britannique relève de la conjoncture propre à la Première Guerre mondiale, ses implications ont eu un impact décisif sur cette partie du Moyen-Orient. Elle s’inscrit dans la continuité des grandes manœuvres diplomatiques destinées à peser sur l’avenir du Moyen-Orient dans la perspective du démantèlement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. La Déclaration entérinée par la SDN fournit au mouvement sioniste la légitimité internationale indispensable pour poursuivre son action en Palestine, tandis qu’il fut rejeté pour cette raison-là même par le nationalisme arabe palestinien.
 
Balfour Declaration is considered as one of the key documents of Middle East Diplomatic History. Its ratification by the British Government was directly connected to the First World War circumstances, however its impact was decisive on this part of the Middle East for decades. Balfour Declaration has to be conceived in continuity with the purpose that was sought by the British government to dismantle the Ottoman Empire after the First Word War. As it was approved by the League of Nations, it gave a tremendous impetus to the Zionist Movement, but was rejected for this very reason by the Palestinian Arab nationalist movement.

Portraits des protagonistes de la Déclaration Balfour par Philippe Boukara

Arthur Balfour (1848-1930)
Lord Arthur Balfour est l’un des principaux hommes d’État britanniques des années 1900-1930. Premier ministre, puis secrétaire au Foreign Office, il est un des leaders du parti conservateur, parfois en coalition avec les libéraux. Ses relations avec le sionisme, commencées à Manchester en 1906 et approfondies dans le contexte de la Déclaration du 2 novembre 1917, ont fait de lui et de sa famille un véritable lieu de mémoire.
Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937)
Le destinataire de la Déclaration Balfour est un des héritiers de la prestigieuse famille de banquiers, dont la branche anglaise a été jusque là très prudente en matière de sionisme. À la demande de Chaïm Weizmann, il participe aux démarches préliminaires à la Déclaration. L’homme est en fait un passionné de zoologie, dont les collections exceptionnelles sont aujourd’hui rattachées au British Museum
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Chaïm Weizmann (1874-1952)
Le principal négociateur sioniste de la Déclaration Balfour est un professeur de chimie de l’université de Manchester, né dans un shtetl de Biélorussie et représentatif d’une élite intellectuelle disciple de Ahad Ha’am. Entouré d’universitaires et ami des hommes d’affaires, il a su trouver les moyens de concrétiser la coopération anglo-sioniste à travers des travaux constructifs en Palestine, notamment dans le domaine scientifique et culturel qu’il privilégiait. La rupture de cette coopération l’a placé en porte-à-faux, mais il a laissé sa marque sur l’État né en 1948.
Un acteur français méconnu de la Déclaration Balfour : Charles Dreyfus (1848-1935)
Ce chimiste juif alsacien a créé à Manchester une industrie textile florissante et novatrice. Il a embauché le jeune chimiste Chaïm Weizmann et a mis à son service ses relations étendues avec la classe dirigeante locale et nationale, notamment avec Arthur Balfour dont il était un important soutien. Sa personnalité et celles de ses proches sont hautes en couleur.

Arthur Balfour (1848-1930)
Lord Arthur Balfour is one of the main British statesmen of the period 1900-1930. As Prime Minister, and then Secretary to the Foreign Office, he was one of the leaders of the Conservative Party, sometimes in a coalition with the Liberals. His relationship and that of his family with Zionism began in Manchester in 1906 and developed in the context of the Declaration and its aftermath, becoming an object of collective memory.
Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937)
The Balfour Declaration was sent first as a letter to this scion of the prestigious family of bankers, whose British branch had been reserved towards Zionism until then. Solicited by Weizmann, he agreed to be part to the preliminary negotiations. He was in fact a passionate zoologist, whose collections, now part of the British Museum, are exceptional in international comparisons.
Chaïm Weizmann (1874-1952)
The main Zionist negotiator of the Balfour Declaration is a professor of chemistry in the University of Manchester who was born in a shtetl of Belorussia and is representative of the elite intellectual followers of Ahad Ha’am. Having academics as partners and friends in the business circles, he worked successfully in order to find implement the Anglo-Zionist cooperation through concrete projects in Palestine, with a focus on Science and Culture, his main preoccupations. The breaking of this cooperation was for him an embarrassment, but he left his imprint on the new-born State in 1948.
A little-known French actor of the Balfour Declaration : Charles Dreyfus (1848-1935)
This Alsatian Jewish chemist created in Manchester a prosperous and innovative textile industry. He recruited the young Chaïm Weizmann and helped him with his huge range of contacts in the ruling circles, including with Arthur Balfour, for whom he was an important supporter. His personality and that of his family are colorful.

L’Alliance israélite universelle et le sionisme (1914-1919) par Catherine Nicault

En 1914, les hommes de l’Alliance israélite universelle, fervents partisans de l’Émancipation à la française, estiment que la guerre sonnera le glas du mouvement sioniste et de son projet national pour les Juifs. Or, non seulement il n’en est rien, mais les sionistes conduits par Chaïm Weizmann obtiennent des Britanniques, en novembre 1917, la Déclaration Balfour, base du futur Foyer national juif. Cet article se propose de retracer les différentes phases de la bataille décisive que l’Alliance a discrètement livrée et perdue contre le sionisme aux côtés de plusieurs organisations du judaïsme occidental, en particulier du Jewish Conjoint Committee de Londres et de son directeur Lucien Wolf.

By 1914, for the Alliance Israelite Universelle leaders’, devoted supporters of the French Emancipation, the war will be the end of the Zionist movement and its Jewish national project. Yet, that has not happened, and the Zionists behind Chaïm Weizmann’s leadership got instead from the British, in November 1917, the Balfour Declaration, on which the Jewish National Home is based. This paper analyses the different stages of the crucial battle the Alliance has fought and lost against Zionism along with several Jewish occidental organizations, especially the Jewish Conjoint Committee in London and its director Lucien Wolf.

La Déclaration Balfour, du « triomphe juif » au réveil du nationalisme arabe (1917-1920). Entre illusions et malentendus ? par Olivier Rota

Cet article avance que ce sont les circonstances – mais aussi les malentendus – de l’année 1917 qui ont permis au sionisme d’obtenir des garanties du gouvernement britannique ; de la même façon que ce sont d’autres malentendus qui ont conduit à la prise en compte tardive de l’opposition arabe au projet sioniste. Le contexte confus de la Grande Guerre, le manque d’information, mais aussi les illusions, participèrent grandement à l’élaboration de la Déclaration Balfour, tout comme ils expliquent l’effondrement rapide des relations entre sionistes et Arabes après cette date. 

This article argues that circumstances – but also misunderstandings – around the year 1917 helped Zionism to obtain guarantees from the British government ; just like other misunderstandings led to the delayed awareness of the Arab opposition to the Zionist project. The blurred context of the Great War, the paucity of information, but also illusions, played a great part in the formulation of the Balfour Declaration, just like they explain the quick collapse of the relations between Zionists and Arabs after this date. 

« Jérusalem n’est pas Londres » : les sionistes au lendemain de la Déclaration Balfour dans la presse hébraïque en Palestine par Gideon Kouts

Face à l’enthousiasme général qui a emporté les cercles juifs sionistes (et non sionistes) dans le monde suite à la Déclaration Balfour, ce n’est que sur place, sur les lieux du futur « foyer national » que l’impact immédiat de la grande promesse de la Déclaration Balfour, aurait pu être mise à l’épreuve. L’évolution des réactions des sionistes de Palestine est présentée et analysée à travers trois articles parus dans le quotidien Doar Hayom de Jérusalem à l’occasion du deuxième et du troisième anniversaire de la Déclaration en 1919 et 1920, dont deux signés par son directeur, le rénovateur de la langue hébraïque Éliezer Ben Yehouda, qui teste l’importance de la Déclaration par la juxtaposition du traitement qui lui est réservé à Londres et à Jérusalem.

In front of the general enthusiasm which seized the Zionist (and not Zionist) Jewish circles in the world after the Balfour Declaration, it is only on the scene of the future « National homeland » that the immediate impact of the big promise of the Declaration, would have been able to be put to the test. The evolution of the reactions of the Zionists of Palestine is presented and analyzed through three articles appeared in the daily newspaper Doar Hayom of Jerusalem on the occasion of the second and of the third anniverserary of the Declaration in 1919 and 1920, among which two signed by its editor, the reformer of the Hebrew language Eliezer Ben Yehuda, who tests the importance of the Declaration by the juxtaposition of its treatment in London and in Jerusalem

Un engagement international inachevé par Emmanuel Persyn

Dans cet article, l’auteur envisage les conséquences de la Déclaration Balfour. D’abord, elle a déterminé le cours des événements survenus en Palestine durant le Mandat britannique et lors de la création de l’État d’Israël. Elle apparaît en quelque sorte comme une victoire posthume de Theodor Herzl, qui a œuvré toute sa vie pour une reconnaissance diplomatique d’un État juif. L’auteur s’interroge ensuite sur l’évolution de deux précisions majeures de la Déclaration Balfour : la protection des communautés juives dans les autres pays que la Palestine et le respect des droits des autres communautés. Si la première ne pose plus de problème, le second apparaît au contraire bien imparfait.

The author of this article considers the consequences of the Balfour Declaration. First, it decides on the of events which occurred in Palestine under the British Mandate period and on the creation of the state of Israel. In a way, it looks like a posthumous victory of Theodor Herzl who worked all his life for the recognition of the Jewish state. The author wonders about the evolution of two specifications of the Balfour Declaration : the security of Jewish communities in other countries than Palestine and the consideration of the rights of other communities. If the first is no longer problematic, the second one appears as imperfect.

Varia

Vie et mort de deux femmes juives. À l’ombre d’un mari et d’un père par Danielle Delmaire, Jean-Michel Faidit

Dweira Bernson (1871-1944) et sa fille Reysa Bernson (1904-1944) sont des inconnues à Lille alors que leur mari et père, Désiré Verhaeghe (1874-1927), a donné son nom à une rue et à une école. Pourtant, elles ont œuvré autant que lui pour le bien-être des petites gens.
Désiré Verhaeghe fut un médecin, adjoint au maire socialiste de Lille pour la santé et l’hygiène. Il ouvrit un dispensaire dans un quartier ouvrier et pauvre et il y fit ériger une école de plein air. Il décéda en 1927, en plein succès politique.
Son épouse Dweira Bernson, juive venue de Biélorussie pour étudier à Lille, fut également médecin et œuvra à l’amélioration de la santé des ouvrières et de leurs enfants, au sein d’un hôpital populaire.
Sa fille Reysa Bernson, astrophysicienne, se démena, dans les années trente pour diffuser des connaissances en astronomie auprès des écoliers et des lycéens. Elle fut responsable du planétarium à l’exposition de 1937 à Paris.
En 1939-1940, elles semblent avoir quitté Lille. On retrouve leur nom, en février 1944, sur une liste de personnes juives arrêtées à Dreux. Elles furent transférées à Drancy puis déportées, le 7 mars 1944, à Auschwitz dont elles ne revinrent pas.

Dweira Bernson (1871-1944) and her daughter Reysa Bernson (1904-1944) are unknown in Lille whereas their husband and father, Désiré Verhaeghe (1874-1927), has a street and a school at his name. Nevertheless, they worked as much as him for the well-being of the poor people.
Désiré Verhaeghe was a doctor, socialist deputy mayor of Lille for the health and hygiene. He opened a welfare center in a working class and poor district and he set up an open air school. He died in 1927, in full political success.
His wife Dweira Bernson, a Jewish young woman from Bielorussia, went to Lille for studies, was also a doctor and worked to improve the women workers’ health and their children, in a popular hospital.
 
His daughter, an astrophysician, struggled, during the 1930’s, to transmit knowledges in astronomy to school children. She assumed the tenure of the planetarium of the 1937’s exposition in Paris.
In 1939-1940, they seem to have left Lille. But we can read their names on a list of Jewish persons arrested at Dreux, in February 1944. They were transferred to Drancy then deported to Auschwitz, on March 7th 1944, and they didn’t come back. 

« La vieillesse ne signifie pas la fin, mais la moisson » par Andrée Lerousseau

Consacré au Nelly-Sachs-Haus, maison de retraite de la communauté juive de Düsseldorf, l’article s’attache d’une part à montrer l’attention particulière portée au respect de la tradition juive et des valeurs du judaïsme dans ce lieu d’écoute et de dialogue, et d’autre part à récolter et à relayer la parole (ou les silences) des membres d’une génération fortement marquée par l’histoire.

Dealing with Nelly-Sachs-Haus, a nursing home of the Jewish community in Düsseldorf, the article endeavours both to show the respect for Jewish traditions and values in this place for meeting and sharing, and to collect and transmit the words (and silences) of a generation deeply affected by history.