Sommaire du n° 9 hors série (mars 2018)

jeudi 19 avril 2018
par  Danielle Delmaire
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Résumé du n° 9 hors série

Asia Turgel : Une vie, une voix
Vivre et survivre, de Wilno à Paris, de 1922 à aujourd’hui

Témoignage recueilli par Muriel Chochois

Préface par Yitskhok Niborski
Postface de Pauline Bebe

Asia Turgel est née à Wilno, alors ville polonaise, en 1922, vers Shavouot, troisième enfant d’Izrael-Wulf, électrotechnicien formé à Saint-Pétersbourg, et de Pesia Bulkin, la tante de l’acteur Joseph Bulov. Asia a trois frères, Yankel, Aron et Moizesz. Elle suit une scolarité en langue yiddish, puis fréquente une école polonaise publique pour enfants juifs. Le monde d’Asia, c’est le centre ancien de Wilno, la fréquentation d’amies juives, des activités qui se déroulent dans des clubs sportifs et lieux culturels juifs, quand Polonais et Juifs vivent dans deux univers séparés. C’est une vie rythmée par les fêtes et leurs préparatifs, dans une famille pratiquante, mais à l’image de Wilno, non fanatique, pour reprendre les propos de Mme Turgel. C’est une vie nourrie de musique, de danse, et surtout, surtout, de lectures. En septembre 1941, Asia est en train de lire, en polonais, Autant en emporte le vent, assise au milieu de leurs paquets, quand c’est au tour de la famille Turgel de rejoindre, encadrée par les milices lituaniennes, le ghetto. Travaillant dans un atelier de remise en état des uniformes allemands, le Feldbekleidungsamt, installé dans son ancienne école, rue Bakshta, Asia poursuit quelques activités culturelles, pour oublier ce qui est sa peur permanente : ne pas retrouver, au retour du travail, sa mère et sa nièce, Rivka, la fille de Yankel, qui vit avec eux.
Le 23 septembre 1943 est la seule date dont se souvient Asia. Le ghetto est liquidé, les hommes et les femmes sont séparés. Asia ne reverra plus les siens. Le train l’emmène au camp de Kaiserwald, d’où elle sera ensuite transférée au camp de Stutthof, puis au camp de Polte - Magdebourg. Échappant à l’exécution en s’enfuyant, avec d’autres prisonnières, du ravin où elles avaient été conduites, elle arrive à Paris, en juillet 1945.
C’est dans un centre d’accueil de déportés, près de Grenoble, qu’elle rencontrera quelques semaines plus tard Maurice Miedrzyrzecki. Asia et Maurice se marient à la mairie de Corenc le 25 août 1945. Ils ont un fils, Yves, prénommé ainsi en souvenir de son grand-père Izrael-Wulf, puis une petite-fille, Deborah. Maurice Miedrzyrzecki est décédé à Paris le 23 juin 2013. Et Léna, la fille de Deborah, l’arrière-petite-fille d’Asia Turgel, est née le 23 août 2013.
Ce livre est le fruit de rencontres régulières, ayant fait l’objet de notes ou d’enregistrements, et ce depuis avril 2009. Ce que porte Asia dans ces quelques pages, c’est une histoire de vie, une vie juive, et sa transformation, de 1922 à aujourd’hui. C’est l’histoire d’une jeune fille à la vie normale, qui connaît l’enfer, puis retrouve une vie normale. Ces deux « états » vivent en Asia, l’amenant à poser sur le monde un regard, empli de bonté, d’une extrême lucidité, comme si elle voyait au-delà des êtres et de l’horizon qu’est le nôtre. Plus qu’un témoignage, c’est une expérience intérieure qu’Asia et moi avons tenté d’écrire, en accompagnant le lecteur dans sa compréhension du monde traversé et en lui ouvrant des portes vers d’autres créations.